La méthode, seconde partie
Comment les allergènes sont introduits
C'est la question qui revient le plus souvent, et celle sur laquelle les conseils ont le plus changé en dix ans. La bonne nouvelle : ce qu'on recommande aujourd'hui est plus simple qu'avant. Voici ce que nous faisons, et sur quoi nous nous appuyons.
16
allergènes à surveiller
4 à 12 mois
la bonne période
2 fois par semaine
pour entretenir la tolérance
Plus tôt on commence, mieux c'est
Pendant longtemps, on conseillait de retarder les aliments allergisants pour protéger l'enfant. On sait aujourd'hui que c'est l'inverse : les proposer tôt protège, et attendre ne protège de rien. C'est l'un des rares sujets d'alimentation infantile où la réponse est aussi nette.
2,4 %
d'enfants allergiques à un an quand les six aliments allergisants sont mangés tôt et régulièrement, contre 7,3 % chez ceux qui les avaient évités.
Étude EAT, 1 300 nourrissons suivis. L'essai LEAP avait montré le même effet pour l'arachide.
À retenir
La bonne période va de 4 à 12 mois, ce qui laisse largement le temps. Le programme place arachide, œuf et lait de vache au plus tôt, une petite semaine après les premières cuillères de légume.
16 allergènes, tous introduits avant un an
Pas seulement les plus connus. Chaque allergène a sa période conseillée, et le calendrier est construit à rebours de ces dates : c'est ce qui garantit qu'aucun n'est oublié en chemin. Vous n'avez aucune liste à cocher de votre côté.
- Arachide
- Œuf
- Lait de vache
- Gluten
- Poisson
- Sésame
- Noisette
- Amande
- Noix de cajou
- Pistache
- Noix
- Moutarde
- Soja
- Fruits de mer
- Sarrasin
- Kiwi
Ceux dont le bénéfice d'une introduction précoce est démontré par essai clinique. Ce sont eux qui ouvrent le calendrier.
À retenir
Les fruits à coque comptent séparément, noisette, amande, noix, noix de cajou et pistache, parce que bien tolérer l'un ne dit rien des autres. Et la liste inclut la moutarde, le kiwi et le sarrasin : des allergies fréquentes chez l'enfant en France, souvent absentes des listes venues de l'étranger.
Une pointe, puis la dose, puis la régularité
Jour 1
une pointe de cuillère
Jour 2
la dose complète
Ensuite
2 fois par semaine, en continu
Et ensuite, c'est le point que presque tout le monde oublie, il faut en redonner régulièrement. Environ 2 g de protéine par semaine suffisent à entretenir la tolérance : deux cuillères à café de beurre de cacahuète, un tiers d'œuf dur, ou 10 g de poisson. En France, on le formule ainsi : une petite cuillère à café, quatre fois par semaine.
À retenir
C'est la régularité qui protège, pas la première cuillère. Le programme replace chaque allergène deux fois par semaine sans que vous ayez à y penser. Beaucoup s'entretiennent d'ailleurs tout seuls une fois devenus des aliments du quotidien, le lait, le blé, l'œuf, le poisson ; les autres reviennent en rotation, sous forme d'une cuillère d'oléagineux au goûter.
Un seul à la fois, et plutôt le matin
Deux nouveaux allergènes ne sont jamais proposés le même jour, et trois jours séparent chaque introduction : si une réaction survient, vous savez tout de suite à quel aliment la rattacher. Les doses sont placées le matin ou le midi, pour que les heures qui suivent se passent en pleine journée, quand vous êtes là.
À retenir
Faites en sorte que la bouche découvre l'aliment avant la peau : un contact cutané qui précède la première dégustation favorise l'allergie plutôt qu'il ne l'évite. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles on introduit tôt.
Trois situations où votre médecin décide, pas nous
Sur ces trois points, le programme ne choisit pas à votre place. Il vous le dit clairement, et passe la main.
Une réaction déjà signalée
L'aliment est retiré du programme, ainsi que tout ce qui en contient. Il n'est plus proposé.
Eczéma sévère ou allergie à l'œuf connue
L'arachide n'est pas planifiée pour votre enfant : elle s'introduit après un avis médical.
Diversification très tardive
Il ne reste pas la place pour espacer toutes les introductions comme il faudrait. Le programme place les plus importantes et vous invite à voir le reste avec votre médecin.
Ces repères ne remplacent pas un avis médical
Ils sont ceux des recommandations publiées, appliqués à ce que vous nous avez indiqué. Antécédent familial marqué, eczéma, ou doute sur une réaction déjà observée : parlez-en à votre médecin ou à un allergologue avant de suivre ce calendrier. Et un aliment qui a déjà provoqué une réaction ne se réintroduit jamais sans accompagnement médical.
Transparence
D'où viennent ces repères
Chaque règle ci-dessus renvoie à un texte publié. Les voici, avec ce qu'on en a tiré.
- Étude LEAP, 2015L'essai qui a renversé la doctrine : donner de l'arachide tôt divise le risque d'allergie.
- Étude EAT, 20161 300 nourrissons, six allergènes introduits dès 3 mois — d'où vient la dose de 2 g par semaine.
- PNNS / Manger BougerLa position française : introduire les allergènes dès 4 à 6 mois, à risque ou non.
- La Revue du Praticien — arachide et fruits à coqueLes modalités pratiques : une cuillère à café, quatre fois par semaine.
- CICBAA — allergies alimentaires de l'enfant en FranceQuels allergènes touchent réellement les enfants, et à quelle fréquence.
- Société canadienne de pédiatrieLa conduite à tenir chez un nourrisson à risque élevé.
Les 16 allergènes, placés au bon moment dans son calendrier
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